Chercher du travail en Norvège, édition spéciale Halloween

Chercher du travail en Norvège, édition spéciale Halloween

Alors voilà, j’ai en tête quelques articles pour décrire un peu plus la société norvégienne, et ça commence par la recherche de travail ici. Ce ne sont pas des astuces, parce que chercher du travail se fait à peu près de la même façon, où que vous soyez. Disons que ce sont des petites spécificités inhérentes à la Norvège ou, plus globalement, à la vie à l’étranger. Il s’agit d’une édition spéciale Halloween, parce que ça fait un peu peur, alors j’ai aussi mis des images.

Comme c’est un peu long, certains passages sont en gras pour que vous puissiez vous raccrocher (et le texte est non-justifié parce qu’il parait que c’est mieux pour les dyslexiques, c’est moins beau mais bisous). Quelques liens mènent vers des articles en norvégien (Google Translate marche bien vers l’anglais), mais une bonne partie mène également vers des articles en français.

Le contexte

Lorsqu’on a décidé de bouger en Norvège, c’était un peu la joie et j’avais réussi à me dégoter 3 offres d’embauche. L’an dernier, je décrivais dans un premier article les bonnes conditions de travail dans le pays, en précisant que la baisse du prix du pétrole allait sans doute changer des choses. Peu de temps après, les choses avaient changé et je faisais partie des licenciés de ma boîte.

Au début je l’ai mal vécu car j’estime avoir fait partie de la première vague parce que j’étais encore jeune et pas bilingue en norvégien (de là à conclure que c’est parce que je ne suis pas norvégienne, il n’y a qu’un pas, mais je ne suis pas en mesure de dire si cela a compté, et à quel point si tel est le cas). Le prix du baril de pétrole Brent (c’est le pétrole de la mer du Nord : UK et Norvège) s’est ensuite stabilisé à 60 puis 50 dollars, alors que de nombreux projets ne sont rentables qu’à 80$, et la crise s’installe lentement en Norvège (le chômage est autour de 4.5%, ce qui représente une hausse).  Pour l’instant on estime que 25000 à 36000 emplois liés au pétrole ont été supprimés, dans un pays de 5 millions d’habitants. Les experts qui prédisaient une reprise en 2016 la repoussent à présent vers 2018 et pensent que le nombre total de personnes licenciées pourrait atteindre 70000. Les villes côtières (Bergen, Trondheim et surtout Stavanger) sont les plus touchées puisque les entreprises y effectuent souvent les études de modification pour les plateformes existantes, tandis qu’Oslo s’occupe des nouveaux projets. Les projets de modification sont reportés et les entreprises mettent toutes leurs billes sur l’exploitation prochaine du champ Johan Sverdrup, perçu comme le poumon économique de l’industrie pétrolière actuellement.

Du côté politique, le gouvernement bleu-brun (ou bleu-caca selon certains) composé d’une coalition entre la droite et la droite populiste (pour ne pas dire extrême droite), prend les choses plutôt à la légère à mon goût : si les ingénieurs perdent leur emploi dans le pétrole, c’est super, ils peuvent travailler dans le bâtiment ou les routes ou encore déménager (parfois à l’étranger) ou bien créer leur entreprise. Bien sur les choses ne sont pas aussi faciles et, pour en revenir à ma pomme, les industries où j’aurais pu travailler si j’avais été en France, en Angleterre etc, ne sont pas (ou très peu) présentes en Norvège. Les compétences ont été absorbées par le pétrole, qui payait plus, réduisant ainsi la création d’entreprise et la main d’œuvre/les cerveaux disponibles pour les autres secteurs (qui n’étaient pas implantés historiquement dans le pays).

Le pôle emploi norvégien

Malgré tout cela, j’ai une chance énorme : je suis Européenne et la Norvège, bien que n’étant pas dans l’UE, fait partie de l’Espace Économique Européen. Et grâce à cela (et aux droits sociaux acquis en travaillant dans le pays), j’ai le droit de toucher le chômage.

Car attention : certains travailleurs venant de pays non-membres de l’EEE se retrouvent vraiment dans la merde s’ils sont licenciés, à cause d’un système kafkaïen dont personne ne les avait avertis. Pour venir en Norvège, ils ont dû obtenir un visa lié à leur emploi (Ingénieur mécanique par exemple). S’ils perdent leur emploi, ils n’ont le droit de retrouver qu’un emploi similaire ou très proche de celui de leur visa (ex: ingénieur design, mais pas barman), sans quoi ils devront attendre quelques mois (dans leur pays d’origine je suppose) avant d’avoir un nouveau visa. Cela dit, pour toucher le chômage, il faut être capable d’accepter n’importe quel emploi – ce qui n’est pas leur cas. Ils n’ont donc pas droit au chômage, même s’ils ont cotisé pour la société pendant des années. Et leur visa ne leur donne que 6 mois en Norvège pour trouver un emploi. Pour résumer : soit ils tentent de vivre quelques mois sans ressource en Norvège, l’un des pays les plus chers au monde, en pensant retrouver un emploi similaire très vite, soit ils repartent. Bien sur, certains ont des enfants, une maison et une voiture. D’après le magazine Teknisk Ukeblad, 3700 personnes ont été dans ce cas en 2014.

Fin de la disgression : me voilà inscrite à la NAV, un mélange de Pôle Emploi et de CAF. J’ai peu d’expérience avec le Pôle Emploi français, alors certaines choses ne seront sans doute pas spéciales.

Quelques temps après mon inscription, j’ai du rencontrer ma conseillère. J’y suis allée un peu sceptique parce que je sais bien que les conseillers ne comprennent pas vraiment ce qu’on sait et peut faire, preuve en est qu’à ma convocation étaient jointes 3 offres emploi : un poste d’économiste, un poste de biochimiste, et un dernier en sécurité informatique. J’ai eu une petite pensée pour la forêt amazonienne en découvrant ça.

Malgré tout, je suis ressortie positive du premier entretien puisque la discussion a été intéressante et boostante, ce qui ne fait jamais de mal quand on recherche un emploi. Certains objectifs m’ont été donnés avec la prochaine rencontre comme échéance, tels qu’envoyer 4 candidatures spontanées, ou postuler à 5 offres. J’avais peur que ces objectifs soient contraignants, mais je les dépasse.

Les conseillers de la NAV agissent comme des managers, et nous sommes les consultants travaillant pour notre propre pomme : notre boulot, c’est de trouver du boulot. C’est une approche intéressante quoique, au second rendez-vous, j’ai ressenti un certain malaise : oui, je fais ce que je peux pour retrouver du boulot, merci, et j’avais plus l’impression de me retrouver dans un entretien de contrôle qu’un entretien d’encouragement et de coaching.

Le contrôle est d’ailleurs plus strict qu’en France, je crois. Il faut s’enregistrer tous les 15 jours pour dire qu’on cherche encore un emploi et surtout il faut, en continu, tenir un journal de bord décrivant où et quand on a postulé, en ajoutant les contacts (emails, appels, entretiens…) avec l’entreprise. Libre à vous de juger si ça vous plairait d’avoir à donner autant de détails.

Le meilleur des entretiens

Je me concentre maintenant exclusivement sur ma petite personne. Ces derniers mois, j’ai eu plusieurs entretiens, plus ou moins avancés. Il y a bien sur les postes pour lesquels je n’ai pas fini numéro 1, alors que j’avais de quoi me défendre, et puis il y a les postes où j’étais la meilleure. Vraiment.

Une fois, j’ai passé tous les entretiens et je collais drôlement bien, ils ont appelés mes références (ça se passe comme ça en Norvège, ils appellent systématiquement des gens qui ont travaillé avec vous), ce qui est souvent la dernière formalité avant l’offre. Mais voilà, rien n’est venu, et pendant 5 semaines (CINQ SEMAINES) j’ai essayé d’écrire, d’attendre, de téléphoner, encore, d’envoyer des SMS pour savoir quand il fallait que j’appelle pour qu’ils aient le temps de me répondre, et puis j’ai encore écrit… et finalement, ils ont préféré ne pas ouvrir le poste. Merci les gars.

C’est arrivé pour un autre poste d’ailleurs : 1 mois après le dernier entretien et après avoir appelé le patron de mon bonhomme (le monde est petit ici) pour savoir si on comptait rester à Bergen (ça s’appelle une prophétie auto-réalisatrice), j’ai appris que j’allais recevoir une offre pour un CDD. Bon, ça devait être un CDI, mais finalement c’est un CDD. Deux mois et demi plus tard, après des relances régulières, je n’ai toujours reçu aucune offre et les dernières nouvelles sont “Finalement on ne sait pas encore si on ouvre le poste”.

Le Finalement… n’a aucune limite : un jour j’ai été appelée pour fixer une date d’entretien. Le lendemain on m’a appelée pour me dire que l’ouverture de poste était annulée.

Enfin dans la catégorie “Finalement, on a un peu changé d’avis“, il y a un poste qui devait être dans un coin perdu du pays, mais vraiment vraiment perdu, mais tout allait bien il pouvait être fait depuis Bergen. Et bien, après deux entretiens (nous n’étions plus que deux au second), je peux vous dire que Finalement, ils voulaient vraiment que la personne choisie aille vivre dans leur coin. J’ai bien essayé de demander si Finalement, c’était pas possible depuis Bergen, mais Finalement être basé à Bergen signifiait vivre 3 semaines par mois dans leur coin perdu. Ah. (Fin de l’histoire : je n’ai pas eu le job, j’ai du poser un peu trop de questions sur le fait de travailler depuis Bergen).

Finalement…

 

Mais avant d’arriver en entretien, on peut déjà avoir des surprises : par exemple, une entreprise voulait recevoir les candidatures par courrier postal. Par la suite, j’ai été appelée pendant 8 minutes pour qu’on me dise que j’allais recevoir un e-mail qui proposerait deux choix pour l’entretien (ON ME LAISSAIT LE CHOIX DANS LA DATE, voilà, c’est dit, tout le monde se sent mieux ?). Effectivement j’ai reçu un e-mail, qui lui-même contenait un fichier PDF, qui me proposait le mercredi ou le jeudi.

Parfois c’est plus compliqué et, avant d’en arriver là, le recruteur peut demander à ce qu’on lui envoie nos (fucking) notes scolaires. Alors bon, je voudrais pas me la péter (parce que sinon je vous dirais plutôt que les 8 minutes de conversation téléphonique étaient tout en norvégien mais vraiment, c’est pas mon genre), mais j’étais en moyenne dans le premier tiers, ce qui n’est déjà pas si mal. Donc, j’envoie mes (fucking) notes scolaires traduites approximativement en système européen (mais comme personne ne connait le système européen, on n’est pas bien avancé). Quelques jours plus tard, le recruteur me rappelle pour me dire que mes notes d’il y a 8 ans ne sont pas assez bonnes.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à Bergen, il y a une école où 42% des élèves ont un A, et 43% ont un B, donc 85% des élèves ont un A ou un B. D’un point de vue national, il y a environ 45% des élèves qui reçoivent un A ou un B, contre 35% selon le système de notation européen. Alors, être étranger et avoir un système scolaire différent est-il un problème ? C’est relativement difficile de savoir si ça me dessert réellement. En revanche, on peut se demander : pourquoi des notes vieilles de plus de 8 ans indiqueraient-elles si je suis capable de bien faire le boulot ? Et surtout, jusqu’à quel âge regardera-t-on mes notes ?

(source : HuffPost)

Si vous cauchemardez déjà à l’idée que l’on regarde vos bulletins scolaires jusqu’à la fin de votre carrière, sachez qu’il y a pire. Toujours plus haut, plus fort, plus bizarre, me voici en entretien seule face à cinq personnes. Généralement quand ils sont trois, on se retrouve deux de chaque côté de la table et on me demande si je veux un café ce à quoi je dis Oui, même si je ne bois pas de café, parce que je sais que c’est plus convivial d’avoir un café, surtout en Norvège, et parfois on me fait remarquer “ah, tu aimes bien le café sans sucre” parce que je n’aime pas trop le café et je ne l’aimerai pas plus avec du sucre mais d’un coup ils doivent s’imaginer qu’elle est trop forte cette fille, mais cette fois, à cet entretien, ils n’avaient pas de café et ils étaient cinq de leur côté et moi j’étais seule. Avec un verre d’eau.

Au cours de l’entretien, j’ai eu 3 questions pompons. Je fais des ellipses temporelles pour donner plus d’intensité mais en vrai, je buvais de l’eau :

  1. Je voudrais bien comprendre ce que tu as appris… Tu connais Ce Truc ? (remplacez Ce Truc par une notion que vous avez apprise en bac+1, en français, mais la question était en anglais et vous n’êtes pas bien sur du terme parce qu’en fait, vous avez beau travailler en anglais depuis pas mal de temps, vous n’avez jamais utilisé Ce Truc) Tu pourrais le définir ?
  2. Vous avez des enfants ?
  3. Tu connais les équations de Maxwell ? (dont ni eux ni moi ne nous servons, jamais)
Maxou, les souvenirs et moi

 

Quelques détails sur le point 2 : ce n’est pas légal de demander si on veut/va avoir des enfants parce que ce genre de question vise surtout les jeunes, les femmes, voire les jeunes femmes. Par contre, c’est légal de demander si on a des enfants, puisqu’on peut le demander à tout le monde. On est d’accord, le résultat est le même, mais j’aborderai ce point dans un prochain article. D’ailleurs, dans la catégorie “Langue de bois et légalité”, on ne m’a pas demandé “est-ce que vous êtes alcoolique ou est-ce que vous vous droguez?”, mais “que pensez-vous de l’alcool et des drogues ?”.

Je vous laisse, je vais faire des cauchemars en pensant aux équations de Maxwell.

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8 thoughts on “Chercher du travail en Norvège, édition spéciale Halloween

  1. La situation n’est vraiment pas meilleure en Norvège… J’ai aussi eu l’expérience du : finalement, gel des embauches. Et ensuite le : finalement, modification des tâches et du niveau (annoncé directement à l’entrevue, alors qu’ils savaient très bien que la nouvelle description ne me correspondait pas. Mais évidemment, personne ne m’a appelé pour m’aviser et m’éviter de me pointer pour rien…) Mais faut pas lâcher, un jour ça va bien finir par débloquer… Courage, tu vas finir par trouver. Ou alors tu pourrais faire des enfants, histoire de leur donner une bonne raison de te retourner à la maison. :)

    1. Merci!
      Effectivement, le gel des embauches n’a rien de surprenant et ça se passe aussi dans les autres pays. C’est juste un peu couillon que ça me tombe plusieurs fois dessus.

  2. Ah oui quand même…
    Bon courage et merci, si je puis dire, de partager ton expérience sur un aspect somme toute ignoré de la vie d’expat en Norvège (je crois) (vue par ma mini-fenêtre). ça change des cartes postales

    1. Merci du commentaire… je n’ai pas très envie de faire des articles sur les grands classiques de la vie d’expat’, mais je me disais qu’effectivement, ca changeait des grands classiques du “tout va super bien”… en espérant pouvoir bientôt dire que Tout va bien!

    1. Merci!
      Pour les notes, je suis étonnée de la rigidité du système : il y a eu un article il y a peu qui décrivait la situation ubuesque d’une professeur (équivalent collège) avec 10 ans d’expérience. J’ai cru comprendre que les profs dépendent directement des communes et donc, s’ils veulent déménager, ils ne sont pas mutés mais ils changent d’employeur. Bref, cette dame a eu un enfant et elle a profité de son congé maternité pour déménager. Elle pensait se faire engager dans la nouvelle commune mais c’est “impossible” : elle n’a plus les prérequis! … en fait, la loi a changé et les profs doivent avoir + de crédits (équivalent bac+5 je crois au lieu de bac+4). Pour les 29000 profs concernés, pas de problème : d’ici 2020 ils auront tous eu une formation (payée par leur employeur) pour être à jour. Par contre la dame en question n’a plus d’employeur, donc personne pour lui payer la formation, et la commune où elle est ne recrute plus que des profs ayant tous les crédits demandés. Tant pis pour les 10 ans d’expérience.

  3. ” à cause d’un système kafkaïen dont personne ne les avait avertis”
    En fait ce que tu décris c’est un peu la situation de n’importe quel travailleur étranger avec un permis de travail fermé (cad lié à un employeur), c’est exactement ce qui se passe au Canada/Québec (et ce qui s’est passé pour moi – j’ai finalement retrouvé un nouvel emploi dans mon domaine, poste similaire, mais l’immigration a refusé le changement d’employeur). En ce qui concerne le Québec, on peut aussi ajouter qu’en tant que travailleur temporaire tu n’as pas toujours droit à la “Sécurité Sociale” d’ici. Donc tu cotises, tu payes tes impôts, et au final, tu te retrouves avec. Rien.

    En tous cas, je te souhaite tout le courage et la patience possible pour cette situation, beaucoup de Français au Québec sont rentrés pour une situation similaire ! (moi je suis un cas bizarre)

    1. En effet, c’est le même système… La différence peut-être, c’est que pour les US ou le Canada on est au courant que cela pourrait se produire (du moins j’ai déjà lu des choses à ce propos sans pourtant m’intéresser à la question, alors je me dis qu’un candidat à l’émigration tombera forcément sur des avertissements), alors qu’ici personne n’a l’air d’avoir jamais été bien au courant ni parmi les immigrés ni parmi les locaux, d’après ce que je lis dans les journaux… je ne suis pas sure que cela soit bien renseigné quelque part pour les étrangers-non-Schengen qui sont venus.
      Bref, je compatis à la situation face à laquelle tu as du te retrouver!

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